Aucun vent ni aucune tempête me fit reculé, sauvage et libre , le chant des marins qui briquent le pont du galion semble gonfler les voiles de leur orgueil de français, partant chasser l’anglais. De nouvelles bottes frappent leurs talons les planches déjà usées de mon pont. Certains de mes vaillants marins de mon dernier équipage embarquaient pour leur ultime voyage et ni leurs fidèles camarades ni moi n’avions pu les reprendre à la déesse, celle qui, selon son humeur, nous fera payer le prix le plus fort pour notre voyage.

Monsieur le curé, venu, quelques années plus tôt me baptiser, craint toujours de me voir partir et fait sonner une fois le glas et une fois le tocsin pour me saluer. Un de mes marins le sait, et, comme une promesse lointaine de retour incertain, il fais tonner un canon à vides.Toutes voiles dehors par vent arrière nous nous éloignons du port et le temps des adieux et des larmes est déjà loin, je sens qu’on m’astique, on me brique, on me nettoie et on recharge mes 68 canons, direction un lointain horizon. Mon capitaine, vieux briscard qui a le don de la chasse en mer est venu me parler.

Lorsque nous partons tout deux, il a pour coutume, loin du port, de murmurer à l’oreille de ma figure de proue :« Mon vieil ami, cap au sud, aide moi à trouver des pavillons noirs à couler et des Union Flag à aborder, ne navigue pas, vol au-dessus de l’eau, file comme la brise marine, direction les carabes, le son de tes canons et l’odeur de la poudre me manque déjà ! »

Me voilà lancé à pleine vitesse, jouant dans les vagues en avalant les miles aussi vite que la pensée de la femme fidèle qui accompagne le marin embarqué.Après un jour de pleine mer je sens mon gréement se détendre déjà, l’océan me retire les vents favorables dont il m’avait fait l’honneur jusque-là. Rapidement, plus une brise me fais gonfler mes voiles et je ne peux plus désormais donner une brasse de mer en plus à mon vieil ami et son équipage. Le soleil disparaît à ma droite tandis que nous sommes à la merci des courants sans un seul souffle pour me guider.

Le nouveau second nouveau second tient fermement les hommes occupés à l’entretien du l’ensemble de mes éléments pour qu’aucuns n’ait le temps de penser. Quant à moi, je me laisse bercé par le doux clapotis de l’eau et le roulis de ma coque, ce qui explique que je ne compris pas la première détonation, ni la seconde, lointaine, et les éclats d’eau qui mouillaient le pont sec. Je ne voyais aucun navire à la proue et la voix de mon capitaine rapportait qu’aucun navire ne se trouvait à la poupe. Mes canons étaient chargés et mes canonniers avaient ordre de tirer dès lors qu’ils verraient une cible, mais rien à l’horizon.

Certains crient et pleurent durant les batailles lorsque nous voyons l’ennemi et que nous le connaissons, mais ce soir, bombarder par des boulets semblant sortir tout droit de l’enfer, tous restaient dignes.Lorsque le premier boulet frappait mon bastingage à tribord, emportant une bonne moitié du mousse qui se trouvait là, nous comprenions à cet instant en le voyant qui était notre ennemi. Vomi par les eaux noires et tranquilles qui nous entouraient, le hollandais volant surgit des profondeurs glacées et maudites de l’enfer marin. Bien que l’obscurité fût totale autour du vaisseau maudit et sans voir mon fidèle capitaine, je savais que les deux hommes venaient d’échanger un regard. Le cri des légions de démons qui accompagnaient ce salop de Davy Johns n’aurait pu couvrir le vacarme de mes canons, toutes les batteries de tribord soufflaient le feu et fer sur la caraque noire. Mes vaillants marins essuyaient les tirs qui faisaient voler le bois et le fer comme les falaises la tempête. Après un temps, lorsque la dernière prière de mon dernier matelot prit fin, le silence revient sur les eaux noires. Le Hollandais passait prêt de moi avant de sombrer lentement et sans bruit lorsque la figure de proue, tournant la tête lentement, me dit « A bientôt ».

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